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“Incredible India”. C’est le slogan du tourisme en Inde, et nul doute que l’on peut voir et faire des choses uniques dans ce pays fascinant. Au delà des Images d’Epinal comme le Taj Mahal ou le turban des Sikhs du Punjab, l’une des formes les plus reconnaissables et symboliques du pays est sans nul doute celle de l’Ambassador Grand, ‘LA’ voiture Indienne.

C’est l’une des vraies marque de fabrique de l’Inde, un symbole de fierté nationale et la force productrice d’un pays qui a réussi à transcender son passé colonial.

L’Ambassador est un peu le cousin indien de la Deux-chevaux ou de la Coccinelle: Elle fait partie de l’univers culturel et de l’identité nationale. On la retrouve partout dans les grands films de Bollywood et dans la mémoire de chaque indien qui se souviendra souvent avec émotion de sa « première fois », celle où il est monté dans une Ambassador.

On trouve des Ambassador dans toute l’Inde, dans les villes et dans les campagnes, dans les plaines désertique et dans les remparts des Himalayas, du nord au sud de l’est à l’ouest, dans tous les climat et dans toutes les provinces de ce vaste pays si divers et varié de 1.3 milliards d’habitants aux 400 langues officielles. L’Ambassador un peu un symbole d’unité nationale!

L’Ambassador était à l’origine la voiture de l’élite coloniale britannique puis indienne et un symbole de pouvoir, et encore aujourd’hui c’est la voiture de la bureaucratie et de la plupart des administrations indiennes qui entretiennent méticuleusement leur vieux parc plutôt que de succomber trop vite à la tentation de grosses voitures étrangères. Mais c’est aussi La voiture préférée des chauffeurs de taxi surtout à Calcutta ou à Bombay. C’est une voiture très solide et bien adaptée aux nombreuses surprises que l’on trouve sur les routes indiennes (ohh un nid de poule, ohhhh une vache!!)

Aujourd’hui, c’est presque une voiture de collectionneurs, les modèles les plus recherchés et bien entretenus se vendent à prix d’or, faisant la fierté de leurs propriétaires, d’abord et surtout les Indiens fiers d’un certain patrimoine national et culturel, fiers d’un certain savoir-faire traditionnel qui résiste au temps.

Ça n’est donc pas surprenant que notre fondateur Saurabh était tenté d’avoir une Ambassador, lui qui ne croit pas à la course effrénée à la surconsommation qui touche de plus en plus les classes moyennes et supérieures indiennes. Mais voilà: il n’y avait pas beaucoup de normes environnementales quand l’ambassadeur a été créée par Hindustan Motors en 1957, et ce qui fait son charme suranné en fait aussi une voiture polluante, très polluante!

Avez-vous déjà entendu parler du « jugaad »? En hindi c’est la capacité des indiens à trouver des solutions créatives en dehors des chemins battus, et souvent c’est leur habilité à recycler un produit d’une façon surprenante. Et bien c’est avec un peu de jugaad que Saurabh a trouvé d’habiles mécaniciens pour convertir sa voiture au gaz naturel, le carburant le moins polluant disponible en Inde. Il s’est bien posé la question s’il pouvait survivre sans voiture à New Delhi, mais quiconque connaît la ville et ses réseaux de transport public vous confirmera que malheureusement on ne peut guère se passer de voiture individuelle dans cette ville folle de presque 18 millions d’habitants, donc la voiture au gaz naturel comprimé est un moindre mal dans le mix énergétique de l’Inde!

Puis est venue une question critique pour Saurabh: comment rendre son Ambassador unique? Comment faire passer ses valeurs à travers sa voiture? C’est en se baladant avec son partenaire dans le quartier de street art de Lodhi qu’il a trouvé ce qu’il voulait faire. Grace à l’initiative de la fondation culturelle St+Art #startindia, le district de Lodhi est en effet décoré par

une cinquantaine de grandes peintures murales réalisées par les artistes de street art nationaux et internationaux, ce qui ont fait un des plus grands quartiers de fresque murale en Asie, peut être au monde. Ces fresques abordent des themes chers à Saurabh comme l’égalité homme-femme, le changement climatique, les droits des peuples indigènes, le respect des cultures, les droits LGBT, la liberté d’expression, ou la protection des ressources en eau. Certaines fresques sont commandées par des ambassades ou des ONG, toutes sont réalisées en accord avec les habitants du quartier et les communautés alentours, au départ un peu réticentes mais maintenant très fières que leur quartier attire les touristes internationaux et pose des questions importantes à la société indienne.

Voilà c’est décidé Saurabh va chercher un street artiste engagé pour décorer son Ambassador. Et ce sera Senkoe #senkoeone, un artiste Mexicain passionné par l’Asie du Sud. Les instructions sont claires: totale liberté artistique, pour autant que L’Ambassador aient des couleurs et des motifs positifs et porte un message de respect de la nature et de l’environnement. Et bien sûr un type de peinture qui soit le moins nocif possible (ce qui n’est pas le moindre des challenges dans un pays où la protection de l’environnement est souvent un luxe)

Et le résultat surpasse les attentes! Non seulement l’Ambassador est désormais décorée de motifs latino-américains du précolombien au contemporaine et de symboles qui portent en eux la diversité culturelle et religieuse de l’Inde (quel beau mélange!) mais c’est une explosion de couleurs, un petit concentré de positivité, un festival de fleurs et d’oiseaux qui remets la nature au cœur des rues de New Delhi, elles qui sont si tristes d’être envahies par tant de voiture pâles et sales qui ont volé l’âme d’une ville devenue symbole de trafic et de pollution.

Étape suivante: redécorer l’intérieur devenu disproportionnellement plat et monocolore comparé au panache de sa glorieuse peinture extérieure. Ce sera fait avec la réutilisation des rideaux de Saurabh pour le plafond, et comme il ne pouvait pas faire cela partout il a refait les sièges avec du cuir de couleur. Saurabh a un peu douté quand l’ouvrier qui a sourcé ce cuir quand il nous promet qu’il est pas d’origine animale et donc « cruelty free », et que la couleur n’est pas issue d’une teinturerie sauvage qui empoisonne ses ouvriers. Et en effet après quelques vérifications de sourcing il semble que la production de ce matériau vienne d’une entreprise qui travaille pour des clients européens avec un cahier des charges et des processus exigeants et des certifications de qualité, même s’il est littéralement impossible de vérifier dans le détail pour chaque produit. Mais l’ouvrier était un honnête homme. C’est la limite de la démarche développement durable en Inde, Tout n’est pas 100 % vérifié ni vérifiable et il faut trouver le bon équilibre entre les preuves par certifications officielle, les déclarations d’intention, et les vérifications Impromptues, un vrai défi éternel pour ce pays à la production industrielle qui apprend, lentement, le développement durable. Ahh, et avec les restes de cuir de la découpe des sièges, on a pu décorer aussi le volant, le manche du levier de vitesse et du frein, ainsi que les embouts des ceintures de sécurité!

Il ne manque plus qu’un nom à cette voiture qui a gagné une vraie personnalité. Bien sûr ce sera un nom de femme indienne, les femmes indiennes ne sont pas assez reconnues alors qu’elles soutiennent directement et indirectement la société et l’économie du pays mais sont trop souvent discriminées, et pas seulement en Inde malheureusement. Les femmes sont les agents du changement et le vecteur le plus efficace du développement durable. Alors ce sera “Shameli”, ou Jasmin(e) en Hindi. C’est un si joli prénom qui a trop été attribué aux jeune femme un peu libérées des films de Bollywood. Et Saurabh préfère célébrer les femmes indiennes qui se sont libérés du carcan patriarcal et vivent librement leur vie.

Et nous voilà donc dans les rues de New Delhi avec l’Ambassador Shameli qui fait désormais la fierté le Saurabh et son partenaire. Difficile d’être discret quand il se baladent ou qu’ils vont dinner: On repère leur voiture de loin! Mais quelle joie d’être coincé dans un embouteillage dans cette jolie voiture. La plus grande satisfaction de Saurabh, d’ailleurs, c’est la curiosité et la joie que Shameli apporte aux autres, aux conducteurs de taxi qui passent leur journée dans les rues bondées de Delhi, aux habitants de délit qui passent beaucoup trop de temps dans une voiture, aux jeunes et moins jeunes qui veulent absolument faire des selfies devant la voiture, comme ce couple de jeunes mariés qui faisait un photo shoot à Rashpatri Bhawan, le centre nerveux de la bureaucratie indienne où nous voulions également prendre Shameli en photo pour ce blog, Ils étaient tellement heureux de poser avec une Ambasssor qui respire le bonheur. Mais surtout, surtout c’est la joie que Shameli apporte aux enfants, qu’ils s’ennuient à l’arrière d’une voiture ou qu’ils jouent au bord de la route, dès qu’il voit la voiture pleine de couleurs et de motifs de nature, et les oiseaux surtout, ils s’arrêtent net, ils sourient, ils appellent leurs copains et on voit une flamme dans leurs yeux qui n’a pas de prix.